Mot de clôture

Georges Azzaria

Je veux remercier les conférenciers, les deux présidents de séances et les membres du public, vous qui avez passé tout ce temps à écouter et à échanger sur les thèmes d’aujourd’hui. Ce fut stimulant et captivant.

J’espère que les conférenciers ne regrettent pas de s’être prêtés à l’exercice. Ils sont en tout cas d’excellents candidats pour l’interdisciplinarité. J’ai apprécié la connaissance qu’ils ont du droit : ils ont parlé de lois, de jugements et ont fait la démonstration que les non-juristes lisent le droit et le comprennent très bien. Ce constat qui ne vient pas spontanément à l’esprit des juristes qui pensent souvent être les détenteurs privilégiés du savoir juridique. La leçon est intéressante et démontre qu’il faut un certain courage pour dire publiquement « voici ce que dit tel jugement ou telle règle juridique ». Je ne suis pas convaincu que les juristes sont capables aussi aisément de prendre la parole dans des colloques en sciences sociales et d’exposer les concepts provenant d’autres disciplines.

Au sujet de l’interdisciplinarité, quelques idées se dégagent. On peut avoir l’impression, de l’extérieur, qu’il n’y a pas de débats en droit, alors qu’il y a des divergences de points de vue et des interprétations qui ne concordent pas. Cette remarque vaut également pour les juristes qui abordent les autres sciences, comme l’a souligné Jean-Guy Belley. Sur le plan épistémologique, l’interdisciplinarité est-elle alors une simplification?  Par ailleurs, il existe, de part et d’autre, un danger d’instrumentalisation disciplinaire qui fait en sorte qu’une discipline peut choisir de ne prendre chez l’autre que ce qui sert son argumentaire. Quoi qu’il en soit, on a compris des présentations que l’étude des institutions constitue sans doute un lieu de rencontre privilégié pour l’interdisciplinarité, car elle interpelle autant le droit que la philosophie et les sciences sociales.

Les présentations nous ont aussi mis en lumière ce qui peut ressembler à un paradoxe : parfois le droit réduit abusivement la complexité d’un enjeu, comme dans le cas des codes d’éthique; parfois le droit rend exagérément complexe un raisonnement, comme dans l’exemple de l’euthanasie. Il y a certainement là une piste à explorer, une piste qui semble toucher autant à la traduction juridique des concepts qu’à la rhétorique du droit.

Pour ce qui est de la méthodologie, on a vu des regards sur la méthode et des types de raisonnements qui diffèrent d’une discipline à l’autre. On s’est aussi demandé si les disciplines regardaient les mêmes objets et poursuivaient les mêmes finalités. La place de l’observateur et la nature de la chose observée expliquent peut-être en partie pourquoi les méthodes ne sont pas les mêmes. Les juristes doivent poursuivre leur réflexion sur la systématisation de leur démarche; il y a eu quelques échos de l’idée voulant que, méthodologiquement, les juristes manquent de rigueur, que les recherches s’apparentent davantage à une prescription normative.

Il y a des questions sur lesquelles on pourrait s’étendre encore longtemps, notamment sur la représentation du droit par les non-juristes. On aurait pu simplement orienter le colloque d’aujourd’hui autour de la question « qu’est-ce que le droit du point de vue de votre discipline » et on aurait eu assez de contenu pour remplir la journée.

Il est à souhaiter que cette journée ait bousculé un peu les juristes et qu’elle ait aussi contribué à alimenter un dialogue dans lequel les disciplines ne sont pas instrumentalisées, mais participent à la réflexion autour des mêmes phénomènes. L’objectif inavoué de cette journée est que les chercheurs de toutes disciplines se rencontrent plus naturellement autour de l’étude de questions communes. Tout en maintenant une saine incompatibilité de caractère entre les disciplines, on peut certainement trouver des formes de rapprochement.

 

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